Notre savoir-faire,
laine et pastoralisme en Provence
Geste après geste, saison après saison, sur le Plateau Lambert, au cœur du Massif des Maures — depuis le troupeau jusqu’à vos mains.
Une histoire millénaire au cœur du Massif des Maures
Pendant des siècles, chaque foyer avait ses bêtes — une, deux, parfois davantage selon sa richesse. Ces quelques brebis produisaient la laine qui habillait la famille. Un berger par village rassemblait tous ces petits troupeaux pour les emmener paître ensemble, parfois jusqu’aux alpages lors des transhumances. La tonte était un événement collectif — chacun récupérait sa laine, la faisait filer, tissait ses vêtements. Une économie domestique de la laine, simple, locale, autosuffisante.
Au XXe siècle, tout a basculé. L’industrialisation de l’élevage, l’arrivée massive des fibres synthétiques et la mondialisation du textile ont progressivement dévalué la laine locale. En quelques décennies, une matière autrefois précieuse est devenue un coût. Aujourd’hui en France, le prix de la tonte dépasse souvent la valeur de la laine produite. Des éleveurs paient pour se débarrasser de leur laine. Certains l’enfouissent. D’autres la brûlent.Les collines se sont vidées de leurs troupeaux. Les milieux se sont refermés. Et avec eux, un savoir-faire millénaire a failli disparaître.
Le choix de la Ferme du Lambert
C’est dans ce contexte que la Ferme du Lambert a fait un choix à contre-courant — redonner de la valeur à cette laine oubliée. Transformer ce qui est considéré comme un déchet agricole en matière première d’objets artisanaux durables, beaux et utiles. Non pas par idéologie, mais par conviction profonde que cette laine mérite mieux.
Les Mourérous — laine rustique et race emblématique de Provence
Les Mourérous sont une race ovine typique de Provence, parfaitement adaptée aux conditions du Massif des Maures. Rustiques, autonomes et peu exigeants, ils sont taillés pour la vie en plein air — été comme hiver, sur des terrains escarpés que d’autres races ne pourraient pas exploiter.
Une race faite pour le territoire
Les Mourérous naissent marron foncé, avec des pattes sombres et une laine légèrement jarreuse — entre le poil et la laine. Avec le temps, leur toison blanchit progressivement. Ce sont des animaux d’une remarquable sobriété : peu exigeants en eau, capables de se nourrir de feuillages, de broussailles et d’herbes rases là où d’autres races réclameraient du fourrage. Leur instinct maternel exceptionnel limite les pertes à la naissance — un atout précieux en élevage extensif.
Un élevage extensif — 100% en plein air
À la Ferme du Lambert, les Mourérous ne connaissent pas le bâtiment. Ils vivent en plein air toute l’année, au rythme des saisons et de la ressource disponible. L’hiver et le printemps, ils pâturent dans le Massif des Maures. L’été, quand la chaleur assèche les collines et que l’herbe se raréfie, ils montent en transhumance vers les alpages du col de Larche, dans la vallée de l’Ubaye. C’est ce qu’on appelle l’élevage extensif — un modèle qui suit le rythme naturel de l’animal et du territoire, à l’opposé de l’élevage industrialisé.
Le troupeau compte environ 350 brebis mères et une dizaine de béliers. Après l’agnelage, il peut atteindre 800 à 850 têtes. Chaque animal est connu, suivi, écouté.
Une laine rare et locale
La laine des Mourérous est le point de départ de tous les produits de la Ferme du Lambert. Une laine produite naturellement, sur un territoire précis, par des animaux élevés sans compromis sur leur bien-être. Rare, traçable, authentique. La laine Mourérous est aujourd’hui l’une des rares laines de race provençale encore valorisées artisanalement dans le Var.
De la tonte au produit — les étapes de transformation de la laine
Transformer la laine brute en objet artisanal fini est un processus long, précis et exigeant. Chaque étape demande du temps, de la technique et une connaissance intime de la matière. Voilà le chemin que parcourt la laine des Mourérous — du dos de la brebis jusqu’à vos mains.
La tonte
La tonte a lieu au printemps, après les mises bas. À la Ferme du Lambert, elle vient de se tenir en mai, quand les agneaux sont nés et que les conditions climatiques le permettent. Elle est réalisée par un tondeur professionnel — un métier à part entière, physique et précis, qui demande des années de pratique. Pour protéger les brebis, on pratique parfois la tonte “au sabot” — on laisse environ un centimètre de laine, un compromis entre qualité de la toison et sécurité de l’animal. Chaque brebis produit entre 1 et 3 kg de laine brute par an.
Le tri et le lavage
Une fois tondue, la laine brute — appelée toison — est triée à la main. On retire les parties les plus souillées, les végétaux incrustés, les fibres de mauvaise qualité. Vient ensuite le lavage, étape cruciale qui élimine la lanoline — la graisse naturelle de la laine — et les impuretés. Une laine mal lavée ne peut pas être transformée correctement.
Le cardage
Le cardage est l’étape qui démêle et aligne les fibres de laine après le lavage. On passe la laine entre deux surfaces hérissées de petites dents métalliques — les cardes — pour obtenir un ruban de fibres parallèles, doux et homogène, prêt à être travaillé. C’est une étape longue, manuelle, méditative.
La laine cardée peut être vendue telle quelle — c’est d’ailleurs l’un des produits proposés par la Ferme du Lambert — ou transformée davantage.
Le filage
Le filage consiste à tordre les fibres cardées pour obtenir un fil continu. Au fuseau ou au rouet, le geste est ancestral — c’est l’un des plus vieux savoir-faire textiles de l’humanité. La finesse et la régularité du fil déterminent la qualité du produit final.
Le feutrage
Le feutrage est une technique qui n’utilise pas de fil. On exploite la propriété naturelle des fibres de laine à s’enchevêtrer sous l’effet de la chaleur, de l’humidité et du frottement. De l’eau chaude, du savon et de la pression suffisent à transformer un voile de laine cardée en un matériau solide, dense et imperméable. C’est la technique utilisée pour les savons feutrés, les fleurs en laine et les cocons lumineux de la Ferme du Lambert.
Le tissage
Sur un métier à tisser, les fils de chaîne et de trame s’entrecroisent pour former un tissu. Plaids, coussins, pièces textiles — c’est par le tissage que la laine devient un objet pour la maison, durable et chaleureux.
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Pastoralisme et transhumance — le troupeau au service du territoire
Le troupeau de la Ferme du Lambert n’est pas seulement une source de laine. C’est un acteur écologique et culturel du Massif des Maures — un territoire qu’il entretient, façonne et préserve depuis des générations.
Un rôle écologique essentiel
Dans le Massif des Maures, le risque incendie est une réalité permanente. Les collines laissées sans entretien se referment progressivement — les broussailles s’accumulent, les milieux s’appauvrissent, et le risque de feux de forêt augmente. Le troupeau de Mourérous joue ici un rôle fondamental.
En pâturant extensivement les collines, les brebis débroussaillent naturellement la végétation, ouvrent les milieux fermés et réduisent la biomasse combustible. Un pâturage bien géré peut transformer un maquis dense en espace ouvert, riche en biodiversité, où fleurs sauvages, insectes et oiseaux trouvent refuge.
C’est ce qu’on appelle le pastoralisme extensif dans le Massif des Maures — un équilibre fragile entre exploitation et régénération, que Laurent et Noé maintiennent chaque jour avec une précision que seules des décennies d’expérience permettent.
La transhumance — un patrimoine vivant
Chaque année, le troupeau de la Ferme du Lambert pratique la transhumance. Au printemps, les brebis montent vers les alpages du col de Larche, dans la vallée de l’Ubaye, aux portes du Parc national du Mercantour. C’est là qu’elles passent l’été — sur des centaines d’hectares, à plus de 2000 mètres d’altitude, loin de la chaleur et de la sécheresse provençales.
En automne, le retour se fait à pied. Depuis trois ans, Noé et Laurent pratiquent la descente à pied — plus de 300 km en un mois et demi, du col de Larche jusqu’à Collobrières, au rythme lent des bêtes. Une épopée silencieuse, au cœur des paysages alpins et provençaux.
Cette pratique ancestrale n’est pas un folklore. En décembre 2023, la transhumance a été reconnue patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO — une reconnaissance de sa valeur écologique, culturelle et sociale pour les territoires méditerranéens et alpins.
Deux générations, un même territoire
Laurent pratique ce métier depuis plus de 30 ans. Noé a choisi de le rejoindre après le confinement — un retour volontaire, par conviction. Ensemble, ils incarnent une continuité rare : celle d’un élevage extensif ancré dans le territoire, respectueux de l’animal et du paysage, transmis non pas par obligation mais par choix.
C’est cette continuité qui donne sa valeur à la laine des Mourérous — et à chaque objet qui en est issu.
Pourquoi valoriser la laine locale aujourd’hui
La laine locale est une matière naturelle, renouvelable, biodégradable et produite sans pétrole. Dans un monde saturé de fibres synthétiques issues de l’industrie chimique, elle représente une alternative concrète, accessible et ancrée dans le territoire.
Mais valoriser la laine locale, ce n’est pas seulement un geste écologique. C’est un acte économique, culturel et humain.
Rémunérer dignement l’éleveur
Aujourd’hui en France, la plupart des éleveurs ne tirent aucun revenu de leur laine. Le coût de la tonte dépasse souvent la valeur de la toison. Certains paient pour s’en débarrasser. D’autres l’abandonnent sur place.
Chaque produit acheté à la Ferme du Lambert contribue à changer cette réalité. En transformant la laine des Mourérous en objets artisanaux à valeur ajoutée, la Ferme crée un modèle économique viable pour un élevage qui ne vivrait pas de la seule vente de viande.
Reconstruire une filière laine locale
La filière laine locale dans le Var est quasi inexistante. Il n’existe plus de structures de transformation à l’échelle régionale — plus de filature, plus de tissage industriel local. Tout est à reconstruire.
La Ferme du Lambert travaille à créer les conditions de cette renaissance — en valorisant la laine Mourérous, en développant des produits artisanaux, en formant des personnes aux techniques de transformation, en montrant qu’une filière laine locale en Provence est possible et désirable.
Choisir une matière qui a une histoire
Acheter un savon feutré, une paire de semelles ou un plaid de la Ferme du Lambert, ce n’est pas seulement acheter un objet. C’est choisir une matière dont on connaît l’origine — un troupeau précis, un territoire identifié, des mains qui ont travaillé. C’est soutenir un modèle agricole durable, un savoir-faire artisanal vivant et une vision du territoire où l’élevage extensif et l’artisanat ont leur place.
C’est ça, la valeur de la laine locale Provence — une matière rare, traçable, portée par des femmes et des hommes qui ont fait le choix de lui redonner du sens.
Découvrez les créations de la Ferme du Lambert — des objets faits pour durer, issus de cette laine et de ce territoire.
L'association de la Ferme du Lambert
L’association Ferme du Lambert est née de la volonté de remettre le pastoralisme et la laine locale au cœur du territoire varois.
À travers l’élevage, la transformation de la laine et la création artisanale, le projet cherche à reconstruire une filière laine locale aujourd’hui largement disparue, tout en valorisant les savoir-faire liés au pastoralisme dans le Massif des Maures.
La Ferme du Lambert ne se limite pas à une boutique de laine : le projet suit toute la chaîne de transformation, depuis le troupeau jusqu’au produit fini. Chaque étape — tonte, lavage, filage, feutrage ou tissage — participe à redonner une valeur à une matière longtemps considérée comme un déchet.
L’association permet aujourd’hui de porter, structurer et transmettre cette démarche à travers un travail collectif autour de la laine locale, de l’artisanat et du territoire.
Rejoindre la team
Le pastoralisme dans le Massif des Maures a besoin de bras — et de cœurs. Rejoindre l’association, c’est soutenir concrètement l’élevage, la transformation de la laine locale et la transmission de ces savoir-faire, tout en partageant de vrais moments de convivialité avec une équipe de bénévoles passionnés.
Devenir adhérent ne coûte qu’1€. Une belle mission, une ambiance chaleureuse — il ne manque plus que vous.